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Bénédicte Gandois

Bénédicte Gandois

Entre écriture et musique...

"T'as fait combien, mec, en anglais?"

Sur le chemin du gymnase, j’ai croisé un groupe de trois ou quatre jeunes qui marchaient juste derrière moi.

Voix 1 : - Hé, t’as fait combien, mec, au test d’anglais ?

Voix 2 : (…) (voix inaudible)

Voix 1 : Eh, mec, il a fait moins que moi ! il a bossé et il a fait moins que moi !

Intervention inaudible de la voix 3.

Voix 1 : Nan, mais, lui, il bosse !

Voix 2, énervée : t’es fou, non, je bosse pas, j’ai juste lu le voc une fois, c’est tout !

Voix 1, goguenard : ouais, mais moi, j’ai vraiment rien fait !

Nouvelle intervention apaisante de la voix 3, inaudible.

Voix 2 : Ouais, mec, lui, j’suis sûr qu’il bosse, et il veut pas nous le dire, mais en vrai, le mec, il bosse !

Voix 1 : j’te jure que non !

Bon, alors, la situation n’a pas changé depuis mes propres années collège (mais moins au lycée, de ma génération). Etre in implique de ne pas bosser mais d’avoir des bonnes notes. Le in, c’est le génie. Génie pur, en-deçà, point de salut ?

Certes, la vision très « troisième République » de l’école du mérite, du labeur a fait son temps. On balayait alors (fin du XIXe siècle) l’image du génie Mendelssohn pour qui tout était facile pour promouvoir le travail, les efforts d’un Wagner ou d’un d’Indy pour qui la création naît de la souffrance. (bon, je résume vachement, là).

Non, la réussite par le travail n’est pas glamour, c’est vrai. C’est vrai. Et elle souffre peut-être d’avoir été trop prônée par une certaine école. Sans compter ceux, vaillants, qui travaillent mais n’y parviennent pas. Comme dans un vieux roman d’Enid Blyton que j’avais lu enfant, Les Filles de Malory school, où l’héroïne ne travaille pas trop et réussit, tandis qu’elle a une camarade qui bosse comme une dingue et y arrive à peine. C’est sûr qu’on préférerait s’identifier à l’héroïne ! Ou la copine de Sophie Marceau, dans L’Etudiante qui bosse et stresse à mort et (si ma mémoire ne me trompe pas, sinon, vous me corrigerez) rate son agrég.

Mais peut-on généraliser à ce point le génie sans travail ?

C’est peut-être une fausse donnée dès le départ. Les plus grands génies sont aussi de très grands travailleurs. Je ne connais pas une star, pas une seule, qui ne soit pas arrivée par un travail acharné. Cela m’a toujours frappée en étudiant les musiciens, chanson française et musique de film du XXe siècle y compris. Mozart, symbole de génie… Mais sait-on combien d’heures il passait chaque jour devant son instrument ? La lecture de sa correspondance montre que c’était aussi un bosseur acharné. Mendelssohn aussi… Et pour rester dans les M, Madonna, si j’en crois la biographie que lui consacre Daniel Ichbiah, a travaillé pas mal pour arriver où elle en est aujourd’hui.

Comment faire comprendre à nos jeunes cette importance du travail qui consolide le génie ou lui donne des ailes pour aller plus loin encore ? Que le don doit être cultivé… et qu’une personne PEUT aussi n’être pas douée et apprendre tout un sujet de A à Z et s’en sortir avec brio !

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