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Bénédicte Gandois

Bénédicte Gandois

Entre écriture et musique...

La poésie et l'enseignante 3

L’année suivante, je me suis retrouvée TZR dans l’Académie de Créteil. TZR, cela veut dire « Titulaire en Zone de Remplacement ». Vous êtes rattaché administrativement à un établissement et vous faites des remplacements. Cela peut-être à l’année, ou sur de courtes périodes.

Le nom paraît barbare, et la façon de faire aussi, mais derrière les ordinateurs qui envoient les professeurs d’un bout à l’autre des Académies (« c’est un système très juste, m’avait dit une responsable, puisque c’est l’ordinateur qui décide ! »), se trouvent AUSSI des personnes vivantes, comme la responsable des professeurs de Lettres classiques, qui, avant de me rattacher à un poste m’avait appelée pour me le proposer et après avoir vérifié que j’avais le RER direct jusqu’à cette ville de banlieue depuis mon domicile. Merci beaucoup.

Comme j’avais entamé une thèse, cela m’arrangeait pour le moment de rester TZR près de Paris, plutôt que d’avoir un poste à Meaux ou ailleurs, qui m’aurait obligée à déménager.

J’ai alors pris l’habitude de proposer, entre deux dissertations, un travail d’écriture créative aux lycéens. Poèmes, tirades tragiques, contes fantastiques…

Une année, bien plus tard, j’ai demandé à une classe de 1e S d’une ville de proche banlieue d’écrire un sonnet (on avait étudié la mélancolie de la Renaissance à Baudelaire, je crois). Les élèves ont noté la consigne en grommelant, sans plus. A la fin du cours, un élève qui avait le parfait style rappeur de banlieue s’est approché de mon bureau et m’a dit :

- Madame, on m’a jamais, jamais, jamais demandé un truc pareil !

- Hé bien, je vous le demande. Je pense que c’est difficile d’analyser des vers si l’on n’a jamais tenté d’en écrire soi-même !

Il m’a apporté quinze jours plus tard son poème. Le premier, donc. D’un point de vue technique, il y avait beaucoup à redire, mais j’avais été très touchée. Il parlait d’un oiseau dans un arbre de la cour de son immeuble.

Quelque chose de très doux et fluide, et qui ne correspondait pas du tout à l’image de « dur » de l’adolescent en question.

Comme si, en poésie, il fallait commencer par évoquer la nature ou passer par des thèmes extérieurs pour arriver à parler de soi.

Ou comme si, en poésie, dans cette parenthèse esthétique, les élèves pouvaient écrire quelque chose d’intime et de léger, une certaine paix, quand le quotidien est bien plus rude.

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JMG 12/03/2018 10:21

Vite, la suite !