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Bénédicte Gandois

Bénédicte Gandois

Entre écriture et musique...

Le printemps

Le printemps

Si l’été semble déjà pointer à notre fenêtre, le printemps a été long à naître, cette année. Je l’ai trouvé d’autant plus émouvant. Le printemps a attendu, s’est longuement préparé, dans sa finalité ultime de survie, pour éclore… en quelques heures.

Les primevères ont surgi, l’herbe a verdi… et un héron s’est posé chaque matin au bord de la route, sur le trajet entre Cossonay et l’autoroute.

J’ai toujours été sensible au printemps, saison de mon anniversaire. Je le voyais venir autour du 15 mars, quand j’étais petite – en Île-de-France, le climat est océanique et plus doux qu’ici – et je me précipitais au jardin. J’avais l’impression de sentir la terre vibrer sous mes pas, de percevoir une étonnante acuité de chaque chose qui vit.

Adolescente, la première fois que j’ai entendu le Sacre du printemps de Stravinsky, j’ai été bouleversée. Par la musique, étonnante, et qui vous « prend » physiquement, par le langage du compositeur, mais aussi parce que j’y retrouvais précisément cette sensation singulière de la vibration de tout ce qui vit.

C’était au Conservatoire de Saint-Maur, où j’étudiais la musique. Lorsque l’orchestre a entamé les « Augures printaniers – Danses des adolescentes », j’avais l’impression que quelque chose de physiquement palpable, vibrant et vivant, se construisait au-dessus de l’orchestre.

Cette année, j’ai retrouvé la même émotion dans la rapidité à venir du printemps, dans sa précipitation. Passant sur les mêmes routes chaque matin et chaque soir, j’avais l’impression que les feuilles croissaient d’heure en heure – de demi-journée en demi-journée.

Et toujours comme si ce printemps était l’ultime printemps. Toujours avec ce seul mot d’ordre : survivre ! Survivre, fleurir pour que le cycle de la vie recommence !

Et un héron qui, chaque matin, chaque soir, semblait nous attendre, à quelques kilomètres de Cossonay.

Le printemps

Cette prescience de la nature m’a également toujours étonnée. Un jour, ma grand-mère me dit, épluchant un oignon de la nouvelle récolte : « tiens, il a beaucoup de pelures ; l’hiver sera donc bien froid. » Et l’hiver, effectivement, fut très froid – on eut de la neige au cœur de Paris.

L’automne dernier, les cigognes en voyage se sont posées près de notre petite ville en faisant beaucoup de bruit : signe, selon les anciens, que l’hiver serait long et froid. Il me semble que cela a été le cas. Peut-être pas le plus froid mais des journées de bise piquante ont pris la place des journées brumeuses de l’an passé.

Les Anciens savent encore ce genre de choses. Citadine vivant à la campagne – même si la campagne est dense ici, un village tous les quelques kilomètres, je me sens parfois déconnectée de la nature qui nous entoure. Comme mes élèves. Déconnectés de l’univers. Qui ne savent pas – ou plus – ce qu’est un bouc, un blaireau, ou encore un albatros (héros d’un poème de Baudelaire).

Et un héron nous attend au soleil levant, près de l’autoroute…

Photo d'un héron sur l'étang du Sépey (Cossonay), reproduite ici avec l'aimable autorisation de son auteur, Monsieur Jacquues Schmid

Photo d'un héron sur l'étang du Sépey (Cossonay), reproduite ici avec l'aimable autorisation de son auteur, Monsieur Jacquues Schmid

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