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Bénédicte Gandois

Bénédicte Gandois

Entre écriture et musique...

Trentenaires, quarantenaires... et professeurs

Quand on commence à enseigner, on a l’avantage (et l’inconvénient) de la proximité avec l’âge de ses élèves.

L’inconvénient, certes : combien de fois passe-t-on pour un élève aux yeux de tel ou tel collègue qui nous aperçoit, de dos, dans un couloir ! (« Hé, toi, tu peux te ranger, oui ?? … Oh, pardon, je t’avais prise pour une élève »)

Mais aussi l’avantage d’une réelle complicité. On relève encore un peu du même monde. J’avais la même carte de réduction de la SNCF 15-25 ans que mes élèves. Jeunes adultes à peine envolés du giron familial, on a encore parfois un mode de vie proche du leur. On partage parfois la même culture, on voit encore les mêmes films et écoute les mêmes chanteurs – signe du respect le plus grand pour les lycéens ! (« Ouah, la prof, elle le connaît ! »).

Les parents nous pardonnent certaines petites erreurs de débutants, et pour les élèves, c’est déjà presque gagné : un bon prof, c’est un prof « cool ».

L’autre bout de la carrière réserve d’autres avantages : on nous pardonne ses petites maniaqueries, et sa sévérité – on a le droit d’être sévère, c’est une question d’image, presque. L’ancienneté est un avantage pour appartenir à la classe des « bons profs » : tant d’expérience accumulée, tant de lycéens qui sont passés dans ses classes, c’est un gage de qualité ! Et l’ancienneté impose. On peut corriger au stylo plume tout en ayant un Smartphone dernier cri, on peut parler d’Homère et de Virgile comme si on avait vécu avec eux…

Entre les deux, il y a les trentenaires, les « quarantenaires »…

Avez-vous remarqué ? On a la vingtaine, la quarantaine, la soixantaine… mais on est « trentenaire ». Un univers à part. A partir de cet âge-là, on s’éloigne du monde des élèves et de leurs préoccupations ; on enseigne déjà depuis dix ans, quinze ans, et la fatigue surgit. On a une vie de couple, des enfants parfois, d’autres préoccupations. Et une culture différente. Dans tous les sens du terme : en ce moment, je suis incollable sur les différences de style entre Disney, Dreamworks, Pixar et BlueSky – univers bien loin des préoccupations lycéennes – les élèves sont souvent très peu au courant de l’actualité politique et économique, et ma culture musicale et littéraire est aux antipodes désormais de celles des adolescents de nos jours.

Avec des surprises parfois, cependant : comme le jour où je me suis rendu compte, en autorisant les élèves à passer de la musique pendant le dernier cours de l’année, qu’ils appréciaient à seize ans… les chanteurs que j’écoutais à leur âge !

Cependant, je suis toujours touchée de l’intérêt que les élèves portent à leurs professeurs : sont-ils mariés ? La prof a une alliance, elle s’est mariée ! elle a changé de nom… Quelle est leur vie hors de l’école ? Ou encore : la prof d’économie et celle de français ont le même style de chaussures ! (oui, oui, c’est essentiel)

C’est parfois amusant, comme le jour où un élève a expliqué comment il imaginait son professeur de français hors-école : il pensait que nous (les trois collègues qui nous partagions les classes de seconde), nous nous réunissions le dimanche pour boire le thé en analysant des œuvres littéraires ensemble !

Une après-midi où il restait quelques minutes avant la sonnerie et où une élève m’a proposé « de discuter ».

- Discuter ? De quoi donc voulez-vous « discuter ? »

- Alors, est-ce que vous êtes mariée ?

- Non, des enfants, demande-lui plutôt si elle a des enfants, c’est plus important !

- Oui, alors, est-ce que vous avez des enfants ?

– Oui. Deux.

– Oooooohhhhh !

Sonnerie. Les élèves se lèvent. Grands sourires et « Merci, Madame ! »

Peut-être la « discussion » de la prochaine fois portera-t-elle sur le sujet de dissertation en cours… Sur le progrès… Sur Baudelaire ou Montesquieu… Qui sait ?

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