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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 07:00

Inventer un roman qui se passe dans un pays imaginaire… Est-ce encore possible aujourd’hui ? J’ai lu le mois dernier un roman qui y parvenait avec une certaine maîtrise.

Mais quand je repense à mes lectures de petite fille et d’adolescente, de la Syldavie de Hergé à d’autres contrées de livres pour jeunesse… et que je mesure cela avec mes projets actuels d’écriture.

Est-ce moi qui a vieilli ou est-ce que le monde a bien changé ?

Il me semble qu’il est quasiment impossible, ou plus difficile, aujourd’hui, d’inventer un pays qui n’existerait pas (un pays en –stan par exemple) et qui serait crédible, je veux dire, où l’histoire n’en serait pas moins crédible aux yeux du lecteur. Du fait de la mondialisation, peut-être, des réseaux sociaux etc. – ou peut-être pas, il me semble que ce genre de fiction perdrait beaucoup de réalité.

Mais je me trompe peut-être. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous des expériences de lecture ou d’écriture dans ce domaine ? Quelle a été la réaction des lecteurs ?

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 07:00

« Bonjour, Merci de votre commande, vous avez besoin. Le seul domaine, le seul domaine où il y a un peu de temps en temps réel. Je vais faire des économies d'énergie et les plus bas prix votre commande chez vous à votre domicile sur la route de Paris en juin. La suite du jeu, où le groupe de musique de film. »

Voilà, voilà, je l'avoue... j’en mourais d’envie depuis des semaines. Je voulais savoir où me mèneraient les propositions automatiques de mots, et les associations de mots poétiques fournies par l’intelligence toute mécanique de mon Smartphone.

Expérience faite ! :-)

Ecrivain satisfaite!

Oui, les machines sont de plus en plus intelligentes. En même temps, comme l’explique Ronald Cicurel, une machine créée par l’homme ne peut lui être supérieure. Ou alors, ajouterais-je, on est dans le mythe de Pygmalion. Mais même dans Pygmalion, il faut une intervention divine pour donner vie à l’œuvre du sculpteur.

Ronald Cicurel, l’un des fondateurs du Blue Brain Project qui a ensuite quitté le projet disait, dans une interview récente : « Même un supercalculateur ne fait que calculer, il ne réfléchit pas. (…) Pour simplifier: notre cerveau est un organe, fruit de l’évolution, au fonctionnement essentiellement analogique. L’ordinateur digital, lui, est un mécanisme qui a été dessiné et assemblé et qui fonctionne de manière sérielle suivant un programme. Notre cerveau n’a jamais été construit. Il n’y a pas de plan initial. Il a évolué. (…) Penser qu’une machine pourrait être plus intelligente que nous, c’est nous dégrader, ne nous voir que sous un angle mécanique.. »

Source : https://www.migrosmagazine.ch/societe/entretien/article/un-ordinateur-calcule-mais-seul-l-homme-cree

Je pense à cela, quand j’utilise certaines applications.

Le GPS. J’ai normalement un assez bon sens de l’orientation. Mais, pour gagner du temps (pensais-je), un jour, en sortant de la gare, comme l’application des transports m’indiquait le chemin à suivre et les 17mn de marche depuis la gare, hop, hop, casque dans les oreilles (oui, pour éviter d’avoir le nez sur mon téléphone et que les gens autour de moi entendent des « dans deux mètres, tournez à gauche » - je me serais sentie un peu ridicule) et téléphone dans la poche, et je peux même écouter de la musique en même temps, c’est pas génial, ça ?

Sauf que mon GPS recalcule automatiquement le trajet à chaque erreur. C'est-à-dire que mon trajet de 16mn est passé à 12 puis de nouveau à 16mn… Et là, en sortant mon téléphone de ma poche, j’ai compris qu’en fait, on peut vraiment tourner en rond toute la journée avec ça. On se trompe de rue, le trajet est re-calculé. On va trop à droite, on re-calcule… Je me suis imaginée un instant marchant avec entrain ainsi suivant les indications du GPS durant toute l’après-midi…

J’ai remis le GPS en mode « plan » (indiquant donc tout le trajet et non la petite portion où j’étais), ai lu le chemin à suivre et l’ai éteint et rangé dans ma poche.

C’était plus sûr ainsi, je préférais me fier à moi J

Oui, les inventions sont fantastiques, mais c’est l’homme derrière qui invente que j’admire. L’homme capable de création.

D’ailleurs, le type qui a inventé l’escalier, hein, vous y pensez parfois ? Vous imaginez notre vie actuelle sans escalier ? Quand je vois mon fils apprendre à monter les marches une à une, je me dis que c’est une belle invention. Bon, maintenant, on a l’ascenseur, c’est certain. Mais les escaliers, de ceux, raides qu’on cache dans les immeubles modernes à ceux aux marches larges et en doubles volées qui tentent de vous faire oublier que vous montez, mine de rien, quatre ou cinq étages sans vous en rendre compte – ceux du palais de Rumine à Lausanne ou ceux du palais Garnier à Paris…

Des escaliers qui montent sans qu’on s’en rende compte… Pas de « tournez à gauche » ni de « vous passez actuellement le deuxième étage » ni encore de « on vous a bien eu, haha ! » Oui, bon, celui-là, même le copain vocal qui répond à toutes nos questions ou presque sur l’iPhone de mon mari, même lui ne le dit pas. L’ironie et l’humour ne sont pas encore informatiques !

:-)

Qu'en pensez-vous?

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 06:22

Voici une nouvelle anecdote, de la gare de Lausanne...

La rencontre d'une vieille dame aux cheveux blancs tirant sur le rose... toujours durant les froids matins de l'hiver dernier!

Un matin, bon, ce n’était pas une heure de pointe, je précise tout de suite, mais je n’étais pas spécialement réveillée non plus. Un matin, donc, j’entre dans l’ascenseur entre le niveau quai et le niveau métro. Entre une dame derrière moi, assez âgée mais dynamique, aux cheveux blancs aux reflets gris-roses. Avant même que j’aie pu penser quoi que ce soit d’elle et de ses reflets, elle me dit, droit dans les yeux :

- Bonjour ! bon, il n’y a pas trop le choix : c’est ou le métro, ou ici » et elle appuie sur le bouton de l’ascenseur. J’acquiesce. Trente secondes plus tard, nouveau grand sourire : « bonne journée, Madame ! »

Il y a des gens qui sont de vrais artistes de vie. Qui savent vraiment créer de la bonne humeur.

Comme j’ai dû lui rendre son sourire, ce qui m’a demandé un effort certain (matin, hein !) je me suis trouvée de meilleure humeur. Jamais cet ascenseur n’avait dû entendre autre chose qu’un vague « bonjour » bredouillé derrière une écharpe ou un manteau d’hiver… Une conversation si longue au regard des 65 secondes où nous nous sommes croisées, la dame et moi, restera dans les annales et les souvenirs de cet ascenseur !!

Du coup, je me suis retrouvée bêtement souriante, moi, dans le métro plein de visages chiffonnés du matin.

Bon, courage ! Si la vieille dame a pu le faire, je devrais réussir moi aussi !

« Super héros ! » comme dirait mon fils quand il court dans le vent en laissant flotter sa parka derrière lui…

Vous arrive-t-il de croiser le chemin de personnes un peu magiques qui vous donnent un peu d'élan pour la journée et l'envie d'écrire quelque chose? En faites-vous partie?

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 06:20

A l'approche des vacances, voici une aventure qui nous est arrivée récemment. Avec un soupçon d'humour.

Comme il devenait impossible de distinguer quoi que ce soit sur notre bonne vieille télé, et qu’à plus de 50cm on ne pouvait lire aucun générique, ni les classements des Grands prix de Formule 1 (ce n’est pas moi qui regarde, mais bon !), nous avons décidé d’acheter une nouvelle télé. On y passe très peu de temps, mais enfin, autant ne pas s’esquinter les yeux les quelques fois où l’on regarde un DVD ou un film…

Ce matin, la télévision était allumée et les enfants devant un dessin animé et… on a perdu la télécommande.

Avez-vous remarqué que certaines télés modernes n’ont pas de bouton « power » ou « on » ou similaire sur la télé. Rien. Juste un bel écran plat, lisse, magnifique miroir (quand il est éteint).

– Les enfants, ai-je dit d’un air grave. Nous avons un problème. Nous avons perdu la télécommande. Nous allons être obligés de regarder la télévision toute la journée !!!

– Et peut-être même toute la nuit ??? a répondu avec effroi mon mari.

– Peut-être. Oh, non, quelle horreur !!! Que peut-on faire ??

Là, les enfants se sont mis à pleurer

– Non, c’est affreux !!! Non, pas la télé, pas la télé !!!! Tout mais pas ça ! On n’en peut plus !!!

Pris d’une frénésie extrême, nous avons soulevé un à un les coussins du canapé, les jouets, vérifié sur le piano, sous le piano, sous la télé, sous, sous, sous…

Quand soudain…

Là, elle était là !!! Nous l’avions retrouvée !!

Notre chère télécommande !

D’un doigt qui ne tremblait plus, je l’ai positionnée en face du téléviseur et, d’un geste ferme, j’ai pressé le bouton rouge.

La télé était éteinte.

Ouf !! Nous voici sauvés.

Et tous de s’affaler d’un même élan dans le canapé. Quelle peur nous avons eue !!

Bon d’accord. Je l’avoue. Cette histoire est une fiction… Toute similitude avec des personnages existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Personne n’a paniqué. Mais c’est vrai que sans télécommande, j’aurais encore aujourd’hui la télé en bruit de fond en écrivant mes articles…

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 06:30

Pour commencer la semaine, une petite anecdote d'un matin d'hiver, l'hiver dernier (maintenant qu'on est écrasé de chaleur, tiens!)

Un beau jour, une belle après-midi pluvieuse et froide, je sors du métro lausannois, traverse la rue et arrive au niveau d’un monsieur qui s’apprête à entrer dans un café. Il arrête soudain son geste (grr !!! je vais être en retard, moi !) et tandis que je le contourne péniblement avec ma poussette, je vois une dame s’avancer vers nous. Visiblement, le monsieur la connaît, mais il s’est juste arrêté, pas de grand signe de la main, rien. Et j’entends :

- Hé, salut !

- Comment vas-tu ?

- Tu entres prendre un café avec moi ?

- Oh, allez, oui !

Je n’ai pas pu m’empêcher de me retourner. J’aimerais passer ainsi dans la rue, comme ça, croiser une connaissance et hop ! prendre un café ! Cela ne m’arrive jamais. Trop de rendez-vous, trop de vie pressée… Chez moi c’est plutôt « oh ! salut ! on s’écrit ! on s’appelle ! ». Tiens, c’est vrai, tiens. Mais cela me rend heureuse de penser que certaines personnes puissent le faire.

Et vous? Prenez-vous le temps de ces choses simples (ou pas si simples que cela?) d'être arrêté par quelque chose d'imprévu??

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 06:30

Helvétismes

Je vis avec un Suisse.

On ne se rend pas toujours compte que dans les détails, nous ne parlons pas tout à fait la même langue. Ici, on marche « à » pieds nus, par exemple, et non « pieds nus ». On attend « sur » quelqu’un (« j’attends sur toi ! »), et non quelqu’un. Cela nous fait bien rire, et comme nous sommes écrivains tous les deux, et que j’enseigne en plus le français, le sujet me touche. C’est quotidien.

Cela commence le matin par « Chérie, où sont mes slips ? » Immédiatement, j’imagine une tenue mode et sexy, n’est-ce pas, un empilement de slips de toutes les couleurs : trois slips, rose, vert, bleu, superposés, apparaissant en empilement l’un dessus l’autre à l’arrière du pantalon trop relâché (oui, combien de fois dis-je à mes élèves de remonter leur pantalon, qu’on voit leur caleçon…) Signe de richesse (montrer ses slips) ? d’avarice (peur d’être volé) ? non, simple fait de langue. J’ai oublié qu’ici, on dit une culotte, mais des slips au singulier, une robe mais des pantalons.

Cela continue au petit-déjeuner avec les yoghurts (yaourts dans ma langue natale) et le thé (tout est thé ici : fenouil, verveine, thym, c’est du thé).

Et puis à l’école… on écrit avec un crayon gris, qui étaient crayon de bois dans le Nord de la France, d’où je viens, ou crayon à mine…

Et, lorsqu’on barre un mot, ici, on ne rature pas, on ne raye pas… on « trace ». Cela donne quelque chose comme ça : « Cette réponse est juste ? oui ? on entoure. Celle-ci est juste ? non ? Alors, on trace ! »

Enfin, quand on rentre à la maison en voiture, on emprunte des giratoires (exit les ronds-points de mon enfance) en indiquant avec son signophile la direction que l’on prend, et en évitant de crever (caler) en passant les vitesses !

J’envie mes enfants qui seront naturellement bilingues suisse-français !

Avez-vous des expériences linguistiques familiales? Des accents différents? Une richesse linguistique?

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 07:04

L'une des mes lectures des vacances de Pâques était tout sauf littéraire. Néanmoins, pensant à plusieurs enfants de ma connaissance, et à certains de mes élèves, je tenais absolument à lire ce livre.

Hertha Hafer, pharmacienne et épouse d'un chimiste, mère d'un enfant affecté d'un sérieux "trouble du comportement", a fini par mettre le doigt sur un problème de notre société: la trop grande présence des phosphates alimentaires dans notre alimentation. Certains types physiques y sont plus sensibles que d'autres, ce qui est à l'origine de troubles du comportement, de difficultés scolaires et de délinquance juvénile.

La lecture de cet ouvrage n'est pas franchement captivante, vous voilà prévenus. Mais la démonstration de Mme Hafer est convaincante et nourrie d'un nombre exhaustif d'études. Elle retrace sa démarche puis toutes les conséquences de cette découverte.

Devant le nombre croissant d'enfants qui semblent affectés de tels troubles, avant d'aller vers des médicaments aux effets secondaires connus pour leur dangerosité, pourquoi ne pas essayer ne serait-ce qu'une semaine le régime sans phosphates proposé par l'auteur? De l'avis des témoignages du livre, comme de ceux que l'on trouve sur plusieurs forums, cela a pu être miraculeux.

Les phosphates ajoutés à l'organisme, s'ils ne sont pas "dangereux" en soi, créent des réactions qui, elles, perturbent l'organisme: elles le rendent plus acide et ont des réactions sur l'assimilation du calcium et du magnésium.

Je propose de citer quelques extraits du livre:

Chez certains individus "les phosphates ramènent la réaction métabolique vers l'alcalose, vers le vagotonus profond et vers le blocage de la noradrénaline dans le cerveau. Cette réaction est si rapide que, lors de l'absorption de "soft-drinks" et boissons au cola, les phosphates dissous dans l'eau étant très vite résorbés, le cerveau peut être paralysé dans l'espace de quinze à vingt minutes. Un enfant qui dessinait normalement n'arrive même plus à esquisser un bonhomme, par exemple, il ne fait plus que des traits. Et des adolescents deviennent subitement comme enragés (...) Bell et ses collaborateurs ont trouvé qu'il suffit déjà d'un repas avec additifs phosphatés, chez des jeunes gens sains, pour activer la glande parathyroïde et mobiliser du calcium des os" p. 85-86

Elle explique également que la lécithine est l'un des additifs alimentaires les plus dangereux. L'auteur indique en outre que des enfants autistes ont pu être "normalisés" et ont eu des bénéfices du régime réduit en phosphates.

Enfin, intéressant d'un point de vue historique, elle aborde la question de l'évolution de l'Homme depuis l'introduction des phosphates, à la fin du XIXe siècle (premières poudres à lever aux phosphates aux Etats-Unis: "Eysenck se demande aussi pourquoi les gens de l'Aufklärung et de l'époque victorienne agissaient d'une façon rationnelle, ce qui ne fut plus le cas ensuite. Pourquoi trouve-t-on une profonde rupture entre les biographies d'artistes impressionnistes et réalistes, d'une part, et cubistes, fauves, surréalistes, etc. d'autre part? Eh bien, parce qu'à ce moment-là la manière de se nourrir a changé fondamentalement. Vers 1880, le sucre est devenu une nourriture populaire (les hypoglycémies ont été effectivement découvertes seulement 100 ans plus tard): le chocolat, et la poudre à lever qui se compose pour la moitié de phosphate, sont aussi arrivés sur le marché pour conquérir rapidement les fournils et les cuisines." p. 99

Ensuite, un chapitre sur la délinquance juvénile et la toxicomanie sont particulièrement intéressants pour l'avenir de notre société

Je vous invite à lire ce livre ou à vous renseigner à ce sujet si important pour la santé de notre société.

La traductrice et éditrice du livre en Suisse est Luce Péclard, qui donne des conférences dans écoles et associations en Suisse mais aussi en France. Luce Péclard, Editions du Madrier, CH-1416 Pailly (VD), Suisse. +41 21 887 78 21, pour tout renseignement, plan d'alimentation, grille de dépistage, conseils et recettes.

J'aimerais avoir dans mes classes des enfants au meilleur de leur potentiel :-)

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 21:26
Week-end dédicaces au Salon du livre de Genève!

Je serai au stand L1250, donc... ICI! :-) Je vous y retrouverai avec plaisir.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 07:00

La menace d'une disparition corps et âmes du latin et du grec en France me touche tout particulièrement. Parce que je suis professeur de ces matières, parce que je les ai étudiées et ai appris à les aimer... mais aussi parce que j'entrevois là la porte d'entrée dans une ère de barbarie dans tous les sens du termes. Faire table rase du passé n'a jamais été une bonne idée, l'Histoire nous l'a démontré à mainte reprise.

Alors, pourquoi?

Lorsque j'étais étudiante à la Sorbonne, notre petit groupe de Lettres classiques, de 500 en DEUG à une cinquantaine en maîtrise (je chiffre de mémoire, selon mon impression de l'époque) nous donnait le sentiment d'être les "derniers des Mohicans" face aux étudiants de Lettres modernes si nombreux. Rares, mais c'était un sentiment qui n'était pas désagréable. Nous étions, certes, "à part", mais nous avions des cours passionnants, des professeurs très savants et passionnés par leur matière, nous faisant vivre parmi les Romains et Grecs, pratiquant "l'archéologie du disparu" (Alexandre Farnoux), ou nous faisant côtoyer Homère le plus naturellement du monde (Jean Métayer). Un monde un peu à part. On était mêlé aux étudiants de lettres modernes pour les cours d'auteurs de français, à l'Agrégation, mais on s'en distinguait très vite lorsqu'on passait à l'oral: la démarche dans l'étude d'un texte était différente et on savait tout de suite si c'était un classique ou un moderne qui était interrogé...

J'étais également étudiante au Conservatoire. Mes camarades, là-bas, se trouvaient souvent face à la question "tu étudies quoi?" "Hé bien, la musique" "oui, mais à côté, en vrai, tu fais quoi??" , ce qui avait le don de les énerver. Moi, je pouvais répondre "Lettres classiques", mais cela ne garantissait pas forcément davantage de sérieux! Hé oui, cela ferait ouvrir des yeux ronds à mes élèves aujourd'hui, mais à cette époque-là, j'avais du plaisir à me réveiller avec une page de grec, me coucher sur une page de latin, harmoniser un chant ou une basse dans la journée, faire un thème ou une version, de l'histoire de la musique et comprendre la poésie de Jaccottet...

Je passais dans les rayons de Gibert avec ma petite liste en tête d’ouvrages que j’attendais de trouver d’occasion, je flânais en touchant les livres que j'achèterais plus tard, quand j'aurais fini mes études, me disais-je. Bref, je ne pensais pas alors que cet univers de savoir pourrait disparaître complètement. Entre temps, j’avais pas mal déchanté sur l’enthousiasme des nouvelles générations pour le latin, mais quand même…

L’autre jour, en passant dans une grande librairie lausannoise, j’ai un un choc, en cherchant une œuvre latine, lorsqu’on m’a indiqué le rayon « latin-grec », composé de deux ou trois dictionnaires et quelques livres, après les langues chinoise et thaï. Je savais le canton tourné vers les sciences mais là, je me le suis pris en pleine figure.

Quand je mesure combien mes professeurs m’impressionnaient par leur savoir et combien je me sentais « petite » à côté d’eux, ou combien mes collègues proches de la retraite ont des connaissances, une pratique de la syntaxe et de la langue qui dépassent largement les miennes, je me demande ce que sauront les prochaines générations.

La suppression du latin et du grec, aussi « élitistes » soient-ils (et encore, cela est à voir) est une idiotie sans pareille ; d’autres plumes l’ont dit le mois dernier, et bien mieux, et je n’y reviendrai pas. Que des hommes se soient battus pour que perdure le savoir de l’Antiquité, ou le savoir tout court – je pense à Pic de la Mirandole, entre des centaines d’autres – pour qu’une volonté politique à l’aube du XXIe siècle décide platement de l’annihiler est impensable. Face à cette décision d’un gouvernement désireux de supprimer l’élitisme se dresseront des universités privées et une éducation qui, pour le coup, sera élitiste.

Cette décision arbitraire est la porte d’entrée d’un nouveau Moyen-âge, et sonne le glas d’un pan immense de savoirs. Ne vous y trompez pas : le jour où vous pouvez lire une page de grec ancien, vous pensez différemment. Mes lycéens de classe de grec me disaient d’ailleurs souvent : « c’est fou, on fait juste quelques phrases d’exercices, et j’ai l’impression de faire de la philosophie ! »

Qui portera la Renaissance ?

Si la question des Lettres classiques vous intéresse, je vous renvoie à ce site ou à celui-ci, très fournis et riches d’articles qui abordent cette question et ses implications en profondeur.

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 09:56

Je choisis cette semaine de vous faire partager le bel éditorial du numéro de mars de la Revue musicale de Suisse romande, écrit par le musicien et musicologue Vincent Arlettaz, qui m'a touchée et rejoint mes propres pensées à ce sujet.

Pour découvrir la Revue musicale de Suisse romande, n'hésitez pas à faire un tour sur son site ou à en commander le dernier numéro!

* * *

Le fameux, le mythique Adorno, un des plus grands philosophes de la musique de tous les temps, avait marqué les esprits dans les années 1950, par sa célèbre formule: «Après Auschwitz, écrire un poème est barbare». Il illustrait ainsi une conception représentative d'une grande partie du XXe siècle: celle de l'art qui se fixe pour mission principale de dénoncer l'injustice, d'intercéder en faveur des opprimés, et de faire voir la souffrance au lieu de la voiler -- comme d'autres périodes, plus compromises avec le pouvoir, l'auraient fait. Dans son fondement, cette conception peut être vue comme un prolongement du naturalisme de Zola. Elle tourne le dos à l'onirisme, et refuse une euphémisation qui, selon elle, serait complice des catastrophes passées et de celles à venir; l'harmonie est suspecte à ses yeux, la beauté devient une insulte.

Appliqué à la situation actuelle, le principe d'Adorno paraît nous condamner à de cruelles souffrances. Car en 2015, le monde semble devenu à moitié fou: nos médias, qui depuis des années ne parlaient plus que de crise, de dettes et d'impôts, suivent maintenant, hébétés, les attentats terroristes, assassinats politiques et autres guerres civiles, qui se multiplient à tous les horizons. Le citoyen lambda est saisi de l'urgence, il lui faut prendre connaissance, avec tous les détails, de ces horreurs à répétition qui s'invitent jusque chez lui: à la table de son petit déjeuner, sur l'écran de son téléviseur après les émissions pour enfants, dans sa voiture même, au gré de flashs d'information au tempo frénétique. Quelle place, après cela, pour un choral de Bach?

Pourtant, notre situation n'a rien à voir avec celle de 1945. Le principe d'Adorno, qui a eu l'immense mérite de contempler face à face un traumatisme d'ampleur historique, n'a jamais possédé d'exclusivité; aujourd'hui plus que jamais, il peut et doit être discuté. Il suppose notamment que l'information qui nous parvient soit équitable et équilibrée. Or, ce point n'est pas acquis. A l'heure qu'il est, par exemple, un grand nombre de médias français, on le sait, sont aux mains d'investisseurs issus de l'industrie de l'armement. Dramatiser une menace peut être tentant pour ouvrir larges les portes budgétaires. Et s'il y a complicité en la matière, ce serait plutôt celle des gouvernements, dont la tâche serait justement de garantir l'équité, mais qui, trop souvent, restent otages des lobbies de toute sorte. Ensuite, la phrase d'Adorno a le tort de considérer comme acquis et incontournables un malheur et une souffrance que nous pouvons attaquer. En commençant par ceci: montrer non pas ce qui est, mais ce qui pourrait être; en tournant nos regards vers le haut, qui finira par triompher, n'en doutons pas. Voilà pourquoi la Revue Musicale, qui n'appartient à aucun lobby, et ne cherche rien à vendre d'autre que des abonnements, continuera à parler d'harmonie et de beauté; même si, tout autour de nous, certains ne veulent voir que le contraire. Il s'agit, si l'on veut, d'un acte de résistance.

Vincent Arlettaz

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  • : Le blog de Bénédicte Gandois, écrivain
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  • : Blog personnel de Bénédicte Gandois, écrivain, musicienne, musicologue, professeur. Auteur de nouvelles, poèmes, romans; amoureuse d'histoire, de musique, et désireuse de transmettre une culture qu'elle a eu la chance d'étudier. Lauréate de plusieurs prix. Présente à plusieurs salons du livre; ateliers en milieu scolaire.
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