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Bénédicte Gandois

Entre écriture et musique...

"Salut, tu as vu mon mail?"

Illustration d'Elenn B

Illustration d'Elenn B

« Salut, tu as vu mon mail ? »

« Non, je n’ai pas regardé mes mails depuis hier 16h30, pourquoi ? »

« Je viens de te l’envoyer ce matin. C’était pour te parler de… » (il est 8h15)

Ça nous arrive à tous, dans un sens comme dans l’autre. Nous sommes projetés dans une immédiateté qui nous dépasse. Mais y gagne-t-on du temps pour autant ?

Quelle conception du travail ? Un travail où vie privée et vie professionnelle s’interpénètrent. Où l’immédiateté est telle que l’on doit réagir au quart de tour, dès l’apparition d’une notification. Où l’on devient un peu girouette.

Les bonnes secrétaires vous le diraient toutes : leur secret pour ne pas devenir chèvres, c’est… de finir chaque chose qu’elles font. Si vous avez déjà vu une bonne secrétaire de direction au travail, c’est une mine d’organisation. Elles savent mettre en attente jusqu’à ce qu’elles aient fini de faire quelque chose. De mettre un peu de contrôle sur ces notifications incessantes qui arrivent dans tous les sens. Elles ne mettent presque jamais quelque chose « en attente » sinon, elles ne s’en sortent pas.

Bref, elles développent une façon de faire qui n’est pas forcément compatible 2.0.

Car ce que ce genre de situation (« je viens de t’envoyer un mail… ») montre surtout, c’est notre besoin de communication. D’être là, présents, existants.

En ce moment, avec ce qui se passe, j’imagine des scènes étranges. Au gymnase (lycée) : « Tiens, Madame Legendre n’est pas là, ah oui, on doit se connecter pour un cours en ligne. » Et les élèves d’aller dans leur classe, et de se connecter au cours en ligne en question. D’un prof ou d’un autre. Un peu interchangeable, quoi. Toutes ces vidéo-formations, c’est bien, c’est très bien, mais on sous-estime tellement l’humain.

Ce qui n’est pas quantifiable. Ce qui n’est pas algorithmable. On s’en plaint tous, plus ou moins, en s’attristant de la perte de notre humanité, de nos sentiments. C’est « pas grave », tant que l’on peut faire aller les choses importantes. L’économie. Le rythme effréné de la vie.

Le monde 2.0 est un monde de quantité. Où seule la quantité a valeur d’argument. Et la réussite. Celle qu’on expose sur les réseaux sociaux, par exemple. Mais l’humain disparaît au fur et à mesure de notre atomisation en unités de production et essentiellement de consommation.

La pandémie accélère les choses et nous place face à un virage.

Alors, je souris : Oui, je viens aussi de t’envoyer un mail, mais ce n’est pas grave, j’ai besoin de te le dire en face, avec mon ressenti, mes émotions, te parler de ce qui se passe avec cette classe, ou tel élève ou telle réunion, avec son indicible. Et puis, juste, de t’en parler. Que tu m’en parles aussi. Et si les paroles s’envolent et allègent les soucis, c’est encore mieux !

Photo de S. Bach, poète et compositeur, "la musique de voyages"

Photo de S. Bach, poète et compositeur, "la musique de voyages"

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Serge Bach 30/11/2020 20:05

Bonjour Bénédicte - Merci pour cet article où le temps ne nous attend que si nous le souhaitons... Amitiés - Serge

Bénédicte Gandois 03/12/2020 21:49

Merci Serge! Oui, prenons le temps :-)

Bernie 30/11/2020 16:56

Je souris toujours quand on m'appelle pour me dire qu'on m'a envoyé un e-mail...
Pourquoi ne pas commencer par appeler...

Bénédicte Gandois 03/12/2020 21:49

Merci pour votre commentaire, c'est exactement ça