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Bénédicte Gandois

Entre écriture et musique...

L'Antiquité et notre monde numérique

Jusqu'à présent, les gymnases vaudois (équivalent du lycée français) proposaient deux heures de "culture antique", matière que j'enseigne, en 2e année de filière de Culture générale option socio-pédagogique et arts et design. Or, les nouveaux programmes (pour la rentrée 2021) prévoient la suppression de cet enseignement. Et, mis à part le plaisir que j'ai à enseigner cette matière à des élèves qui n'ont souvent pas eu la chance de faire latin ou grec au secondaire, et n'ont jamais croisé cet univers, il me semble que l'on pointe du doigt des enjeux de l'enseignement actuel...        

L'Antiquité et notre monde numérique

 A la rentrée 2022, ce seront des professeurs de français, histoire, philosophie et psychologie (ou, pourquoi pas, de mathématiques et de géographie), qui, selon la réponse reçue du Département par la file de Culture antique, assureront l’enseignement de la culture antique en l’intégrant à leurs cours, puisque la matière elle-même disparaît de la grille horaire des gymnases vaudois.

Jusqu’à présent, les élèves de l’option socio-pédagogie et de l'option Art et design bénéficiaient de deux périodes hebdomadaires en deuxième année de « culture antique », matière qui permet, comme la culture religieuse, par ailleurs, de s’ouvrir au monde, de comprendre les fondements de notre culture et de réfléchir à partir de ces connaissances, et non sur un tems présent instable, seul horizon de la plupart de nos jeunes aujourd’hui.

Or, cette orientation semble, à première vue, placer les gymnases vaudois, les enseignants, à la pointe du progrès : un enseignement tourné vers l’avenir, et des enseignants interchangeables, apportant leur petite pierre à la déshumanisation progressive des travailleurs et de la société toute entière. Point n’est besoin d’être spécialiste pour enseigner la culture antique, et, finalement, enseignant le français, je devrai également assurer la bureautique (qui disparaît aussi de la nouvelle grille horaire). En caricaturant à peine, un professeur de français peut aussi enseigner l’histoire (de l’histoire littéraire à l’Histoire, il n’y a qu’un pas), la philosophie (Montaigne et Montesquieu, Camus et Rousseau ne sont-ils pas également philosophes ?).

Et, avec l’enseignement numérique, finalement, quelle est la place de l’enseignant, quand « tout » semble disponible sur Internet et que tant de YouTubers vous expliquent Zola ou Rimbaud.

Bref, c’est une vision de l’enseignement mais aussi de notre société qu’il s’agit de considérer. Cela semble si loin des préoccupations actuelles, et pourtant. C’est la société de demain, la formation de notre jeunesse, qui est ici en jeu. Et cela demande une réflexion.

Tout comme l’on peut croire le leurre, accentué par le confinement du printemps dernier, qui consiste à penser qu’un professeur ou un Youtuber feront l’affaire, au même titre qu'une fiche de lecture sur Internet (où l’on en trouve de très bonnes)… ou comprendre, comme le montre chaque jour de façon criante les résultats des élèves, que la masse de fiches et de connaissances accumulées sur Internet ne fait pas tout.

Et que l’alchimiste qui transformera ces connaissances en un savoir que l’élève pourra comprendre et appliquer, c’est… le professeur.

Pour en revenir au dinosaure que semble constituer la culture antique pour nos dirigeants, elle est, qu’on le veuille ou non, le socle indispensable sur lequel se construisent encore nos connaissances ; c’est l’irréductible gaulois de notre savoir. Qu’on le veuille ou non. Au-delà de l’assemblage de deux mots poussiéreux ("culture" + "antique"), c’est la compréhension de notre monde actuel qu’elle permet. De la démocratie à la culture populaire. En effet, mangas, séries et jeux vidéos sont truffés de réminiscences de l’Antiquité et c'est dans cette classe qu'ils le découvrent avec étonnement. Hélas, pour nos jeunes, ce ne seront bientôt plus des réminiscences. Mais des inventions, d’origine américaine ou japonaise pour la plupart. Et c’est dommage.

Visite d'un chantier de fouilles à Nyon en 2015 et réflexion sur la vie et l'histoire avec une classe.

Visite d'un chantier de fouilles à Nyon en 2015 et réflexion sur la vie et l'histoire avec une classe.

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Bernie 17/03/2021 10:07

Le numérique rend les connaissances disponibles au bout des doigts, mais consommer des connaissances, ce n'est pas apprendre.

Bénédicte Gandois 29/03/2021 19:27

Exactement. C'est l'équation à laquelle est confronté l'enseignement actuel.